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ALBERTINE SARRAZIN (1937-1967)
Le souvenir d'Albertine Sarrazin reste
intact dans la région du Pic St Loup, près de Montpellier,
plus de trente ans après sa disparition.
Jeune femme hors du commun, exemple de rage de vivre et de liberté
pour des générations, son parcours lui a valu une
renommée mondiale.
Née à Alger en 1937, elle
est déposée à l'assistance publique où
elle reçoit le nom d'Albertine Damien. Adoptée
par un médecin colonel et son épouse, la famille
quitte Alger pour s'installer à Aix-en-Provence.
L'enfance d'Albertine n'est que souffrance et humiliations :
l'assistance publique, un viol à 10 ans par un membre
de sa famille adoptive, un conflit permanent avec ses parents.
Son caractère va s'affirmer par réaction et elle
dénigrera par la suite avec force les conventions et cette
société qui l'a si mal lotie.
Albertine se révèle toutefois très douée
pour les études. Ses matières de prédilection
sont les matières artistiques et principalement la littérature.
Dès l'âge de 14 ans elle tient un journal qu'elle
continuera pratiquement jusqu'à sa mort et qui sera par
la suite publié.
Mais son caractère indomptable et les difficiles relations
avec ses parents adoptifs la conduisent dans une maison d'éducation
surveillée : le Bon Pasteur à Marseille. Elle s'en
évadera le jour de son oral du bac pour se rendre à
Paris.
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Commence alors pour elle une vie clandestine
peu recommandable. Car, même si elle en profite pour satisfaire
ses goûts artistiques en visitant les musées et
en lisant énormément, elle fait la douloureuse
expérience de la prostitution. Et en 1953, un hold-up
manqué l'envoie en prison à Fresnes puis à
la prison-école de Doullens où elle est transférée
en 1956.
C'est en s'évadant de cette prison, le 19 avril 1957,
en sautant d'un rempart de 10 mètres, qu'Albertine se
casse l'astragale.
Un homme passe, la recueille et la soigne : c'est Julien Sarrazin,
qui deviendra son mari deux ans plus tard.
Pour eux, commence alors une longue période
d'aventures diverses et de cambriolages. Ils vont d'arrestations
en évasions, se croisant mais ne se retrouvant presque
jamais. Si leurs corps et leur santé s'affaiblissent (grave
accident de voiture en 1961 suivi d'une opération en 1963
pour Albertine) leur amour, lui, va grandissant. Il sera d'ailleurs
à l'origine d'une correspondance qui prendra dignement
sa place dans la littérature épistolaire amoureuse.
Pendant ses séjours en prison, Albertine
rédige ses deux premiers romans : La Cavale et
L'Astragale.
En 1964 enfin, Albertine et Julien, libres, se retrouvent et
s'installent dans une vieille maison des Cévennes.
Elle apprend dans la foulée que ses romans vont être
publiés par l'éditeur Jean-Jacques Pauvert. Le
succès est immédiat.
Adulée par ceux-là même qui l'avaient méprisée,
elle est traduite dans toutes les langues. On la sollicite, on
la photographie, on lui demande des autographes. C'est sa revanche
sur ses malheurs passés.
Sa singulière beauté, sa spiritualité, sa
fantaisie sont appréciées et elle multiplie les
interviews. Albertine est ravie de cette nouvelle gloire dont
elle ne doutait pas et qu'elle attendait avec impatience ; même
si elle n'est pas dupe, sachant reconnaître l'hypocrisie
où elle se trouve, sachant que certains ne sont pas mus
par l'admiration de son oeuvre mais bien par une curiosité
malsaine. Qui est donc cette jeune femme au passé tumultueux
et qui a passé la majeure partie de son existence en prison
?
1965. Albertine et Julien s'installent
à Montpellier. Ils achètent l'Oratoire, un vieux
mas situé aux Matelles, tout près de Montpellier.
Ils s'y installeront en janvier 1967.
Entre temps, Albertine publie son troisième roman, La
Traversière, ouvrage écrit en liberté
contrairement aux deux autres. Là encore, c'est un franc
succès.
Mais elle n'a guère le temps d'en profiter ; la malchance
ne l'ayant pas quittée totalement, elle doit subir plusieurs
opérations de l'astragale. Et de complications en erreurs
et négligences médicales, Albertine, au sommet
de sa gloire, succombe sur la table d'opération d'une
clinique montpelliéraine le 10 juillet 1967. Julien intentera
contre les médecins un procès qu'il gagnera.
Albertine était emplie d'une magnifique
rage de vivre. Elle avait beaucoup de projets, en particulier
l'adaptation au cinéma de L'Astragale. Son voeu
a été réalisé, mais elle n'a pas
eu le temps d'en jouir. Elle n'a jamais su que ses romans étaient
naturellement entrés dans la littérature classique,
qu'ils étaient étudiés en Faculté,
qu'ils faisaient l'objet de sujets aux examens littéraires,
que ses poèmes avaient été mis en chansons.
Elle n'a jamais su non plus combien de thèses avaient
été produites en France et à l'étranger
à son sujet, combien de témoignages on trouve à
sa mémoire : Julien a fondé une maison d'édition
pour publier les inédits de sa femme. Montpellier a sa
Maison pour tous Albertine Sarrazin. Les Matelles a donné
à son foyer rural le nom d'Albertine Sarrazin. Et Valflaunès,
petite commune voisine des Matelles, par l'organisation d'un
concours de nouvelles, le Prix Albertine Sarrazin, participe
chaque année à prolonger le souvenir de l'auteur.
Bibliographie
La Cavale, Ed. Jean-Jacques Pauvert,
1965 (Prix des Quatre Jurys en 1966)
L'Astragale, Ed. Jean-Jacques
Pauvert, 1965
La Traversière, Ed. Jean-Jacques
Pauvert, 1966
Poèmes, 1969
Lettres à Julien 1958-1960,
1971
Lettres de la Vie Littéraire,
1965-1967
Les Biftons de prison, 1977
Journal de Fresne
Liens concernant Albertine Sarrazin
Lecture de "La Traversière"
Un difficile retour - La chronique de Régine
Deforges
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la biographie d'Albertine Sarrazin
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